Janvier 58.
Mon bref séjour au Dépôt des Isolés Métropolitains (D.I.M. Sainte Marthe à MARSEILLE) me plonge dans un univers invraisemblable.Dans les allées de ce camp, traînent la savate de nombreux soldats de toutes armes qui attendent le bateau pour l'Afrique du Nord.Il y a toutes sortes d'uniformes, dans le genre avachi, des guenilles presque, des cravates desserrées, les calots de travers, et d'une propreté douteuse.Presque tous ont " la clope " qui leur pend au bec, certains errent avec leur barda sur le dos pour ne pas se le faire faucher.Cela pouvait donner une idée de l'expression " armée de Bourbaki ", qui rejoignait la frontière suisse en 1870, dans l'état lamentable où les épreuves et les privations l'avaient réduite Rien moins qu'enthousiasmant !!!!Les bat-flancs sur lesquels nous dormons, sont des toiles tendues sur des cadres métalliques accrochés par des chaînes à des poteaux qui supportent 4 piles de 4 lits, soit 16 gars roupillant avec le nez à 15 cm de la toile du copain de dessus !!!
Quatre jours après, c'est l'embarquement sur le SIDI BEL ABBES, bateau moderne, où mon statut de PMS me vaut une cabine et les repas en salle à manger, où il y a peu de convives, d'ailleurs, par suite du mal de mer. Traversée épouvantable, sur une mer déchaînée, avec une gite permanente sur vent d'est, de l'ordre de 15 / 20 degrés. Dans les cales, c'est intenable, et les soldats sont à dure épreuve, à tous points de vue.
ALGER LA BLANCHE nous accueille, avec ces lettres immenses : ICI LA FRANCE
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